dimanche 8 mai 2011

Torres del Paine : Peux-tu peindre en mille couleurs l'air du vent...

L'article de Torres del Paine est en attente depuis plus de 2 semaines, parce que je voulais prendre le temps de faire ça bien... Mais justement, du temps, j'en manque cruellement.

Malgré tout, le voilà enfin !


Ca y est. On y est. Torres del Paine, à la limite du bout du monde (on est pas si loin d'Ushuaïa, je vous le rappelle).
Le bus nous a déposé au bout d'un lac, et en attendant le départ du bâteau qui nous permettra de le traverser et d'entrer dans les profondeurs de la nature, on nous conseille d'aller faire un petit tour.
"Il y a une cascade sympa là-bas, allez y faire un tour en attendant! Le bâteau sera là dans 40 minutes, ça vous laisse pile poile le temps de faire l'aller-retour..."
Les filles sont enthousiastes. Et nous voilà parties.


Torres del Paine : où la mode fait des ravages.
(Non mais sérieusement.)

Nous marchons donc, ayant laissé nos sacs pas loin du ponton d'embarquement, tandis que je râle, évidemment. "Mais on va marcher pendant 2 jours, pourquoi on s’assoit pas sur le ponton en attendant le bateau?" Mais mes colocs sont bornées, et ne font même pas attention à moi.
Et elles ont raison.



Parce qu'après 20 minutes de marche, nous arrivons près de la "cascade sympa", qui est en fait une pure merveille de la nature, bouillonnante et bleue turquoise. Les mini-chûtes du Niagara en Patagonie. "Un truc de fou !" comme dirait une de mes colocs.

Nous restons un moment stupéfaites, subjuguées par la beauté du lieu. On ne peut même plus parler (et de toute façon, avec le bouillonnement de l'eau, on ne s'entendrait même pas).

On profite à fond du moment, se rendant compte de la chance qu'on a d'être là, avant de réaliser que si on veut avoir le bateau, il serait temps d'y aller.





Manon et Laëtitia immortalisent le moment. Au final, on a chacune 50 fois la même photo...
Les quelques mètres pour rejoindre le bâteau avec les sacs sur le dos sont affreux. Comment est-on supposées marcher pendant 2 jours avec un tel poids sur nos épaules? Entre les pâtes, les vêtements chauds, le duvet, la toile de tente, le matériel de camping et toute la nourriture, c'est comme si on portait notre vie entière sur le dos. Mieux ! Notre maison...

Nous sommes des petites tortues perdues dans le froid du grand Sud Chilien.

Voilà.

Sur le bâteau, il fait froid et il y a beaucoup de vent, mais on se laisse distraire par la couleur de l'eau (une eau bleue turquoise comme ça, ça ne devrait même pas exister...) et les conversations des autres passagers. Trois français, en polaire Wed'ze et pantalon seyant, pensant que personne ne peut les comprendre, discutent allègrement. "Ah ouaaaaiiiis, non mais moiiii, j'ai envie de me faire pouponner, tu compreeends..."



Aucun trucage, c'est la vraie couleur de l'eau.










A la sortie du bâteau (ce trajet de 20 petites minutes vaut 11000 pesos ! Damn it !), nous nous retrouvons face au premier refuge / camping du parc. Et c'est d'un commun accord que, vu le poids de nos sacs, nous décidons d'installer notre campement ici et de faire l'aller-retour jusqu'au glacier dans la journée.

Yes we can !



Mais avant ça... MANGER.

Après avoir repris des forces, nous nous attelons donc au montage des tentes, après avoir demandé conseil à Marcello ("avec deux l, hein!"), l'employé du camping, afin de choisir l'endroit le plus abrité du vent.




Pili et Laëtitia ont la tente de Pedro, tandis que Manon et moi avons celle louée à Puerto Natales.










Le montage semble bien parti, dans la joie et la bonne humeur... Oui, mais ça c'est avant de se retrouver face au résultat.




La tente de Pili et Laëtitia est parfaite, et se tient fièrement face au vent. Celle de Manon et moi, en revanche... C'est une autre histoire.



25 minutes d'efforts conjugués n'auront servi à rien. La toile est proclamée plus grosse horreur de toute l'histoire de l'humanité.



D'un commun accord.
Oui, c'est bel et bien son aspect final.



Vous pouvez le dire, ça ne me vexera pas : on dirait une pauvre crotte jaune écrasée sur le bord d'une route.



Comme Manon l'a si bien renommée : La Tente Picassotée.




Les Warriors partent à la conquête du Parc.




Mais nous ne restons pas bloquée sur cette déception. On en a vu d'autres, après tout...



Vers 15h, c'est le grand départ. Laissant nos



affaires sous la tente, nous partons enfin à la découverte du Parc Torres del Paine !!!



Et c'est parti pour plusieurs heures de marches, ponctuées de cailloux, de montées, de descentes, de forêts et de lacs, et d'arbres, et de virages...








Au bout d'une quarantaine de minutes, nous faisons notre première pause dans une clairière faiblement éclairée, et dominée par un arbre majestueux : nous avons trouvé Grand-Mère Feuillage.



Grand-Mère Feuillage, Manon, et moi.






Cette rencontre improbable marque le début d'un grand débat quant au lieu de tournage de Pocahantas ("Non mais c'est sur, le dessin animé il se passe forcément en Patagonie !")et la probabilité que Pocahantas ait été couverte de poils. (Il n'empêche que Kokuom était sexy).



Au détour d'un sentier, nous nous retrouvons face à un immense lac (pas le même que celui qu'on a traversé quelques heures plus tôt en bâteau).



Etant la première à le voir, je pousse un hurlement de joie.




"EL GLACIAR !!!!!!!"




Les filles accourent... Fausse alerte. Il s'agit seulement de gros glaçons, des morceaux de glaciers à la dérive. Mais ça veut au moins dire qu'on s'approche de notre but...




... Et c'est vrai. Au bout d'un moment (j'ai renoncé à compter le temps qui passe), nous voyons enfin se profiler le glacier au loin...






WOW.
C'est immense, c'est magnifique, c'est bleu...






C'est splendide.




Nous arrivons enfin au premier "Point de Vue" d'où nous pouvons admirer le glacier et faire les photos qui font classe (les indispensables "Regardez-moi, je suis devant un glacier!")



C'est là que la grande question se pose. "On va jusqu'où ?" demande Pili. "Jusqu'au glacier !!!!"







A ma décharge, à ce moment-là, je ne savais pas à quel point il était loin. J'avais seulement tendance à oublier que plus les choses sont grandes, plus elles paraissent près. Or, ce glacier est ce que l'on peut qualifier de VRAIMENT immense.







Nous continuons donc à marcher, perdant momentanément de vue notre objectif principal pour nous enfoncer à nouveau dans les profondeurs de la forêt montagneuse.




Nous nous ravitaillons en eau dans la rivière, parce qu'évidemment, nous n'avons pris que des petites bouteilles pour qu'elles pèsent moins lourd... Mais heureusement, la rivière nous suit (ou nous suivons la rivière), nous évitant de mourir de soif.







Nous redébouchons à nouveau de la forêt pour longer le lac, et c'est là que deux chemins se présentent à nous. Les deux descendent difficilement dans les rochers, donc si on se trompe, il faudra remonter... Quoi qu'il arrive, il faut en choisir un, et nous optons pour celui de gauche. Raté. Celui de droite ? Raté aussi.



Nous nous reposons quelques minutes, le temps de trouver une solution, puis retentons le chemin de gauche qui finalement, s'avère être le bon.






Fatiguée ? Moi ? Non....







Pili, souriante en toutes circonstances.




Le soleil a fini par se lever, et nous continuons à marcher. Manon a mal au tendon d'Achille, tandis que ma cheville, qui a du se tordre à un moment donné dans les cailloux, commence à me faire souffrir sérieusement. Mais nous continuons, avec la rage et la détermination de 4 personnes qui veulent arriver à leur but.




Glacier Grey, prépares-toi à l'invasion.











Manon et sa pose à la Ann Hathaway.
Et enfin, après 4 heures de marche et de souffrance, nous voilà face au Glacier Grey.




On est pas aussi près que ce qu'on voulait initialement, mais on y est. Enfin !




A l'endroit où nous nous trouvons, le vent souffle plus fort que jamais. On a beau lutter pour s'approcher du bord de la falaise, le vent nous repousse sans cesse en arrière, et il est impossible d'avancer. "J'avais jamais été poussée par le vent comme ça avant !" crie Laëtitia en tentant d'avancer, mais en vain.




















C'est le vent qui souffle dans nos pantalons et nous fait paraître grosses...




On ne peut pas rester longtemps à cause du vent, mais on tente quand même d'en profiter un maximum. On vient quand même de marcher pendant des heures pour voir ça !



On se met à l'abris du vent pour reprendre quelques forces, mais il faut se dépêcher ; il est 19h, et le soleil commence déjà à disparaître.




La seule chose à laquelle on n'avait pas vraiment réfléchi, c'est que 4 heures de marche à l'aller signifiait 4 heures de marche au retour. Qu'après 4 heures passées à monter, descendre, tourner à gauche ou à droite, enjamber des troncs d'arbre et trébucher sur des cailloux... Il faudrait refaire le même chemin en sens inverse.




Alors on repart dans le froid, Laëtitia tentant de se protéger du vent en arbhorant le look Kamikaze, Pili marchant le plus vite possible, Manon parlant pour oublier le temps qui passe et moi trainant ma pauvre carcasse derrière elles.



Mais on a beau marcher le plus vite possible pour tenter d'esquiver la nuit, 4 heures de marches à l'aller signifie 4 heures de marche au retour. Quoi qu'il arrive. Et malgré tous nos efforts conjugués, on ne peut pas empêcher la nuit de tomber.
A 21h30, il fait déjà noir comme dans un four, et après une courte pause dans la forêt (la seule et unique de ce trajet de retour), on essaye tant bien que mal de se partager les 2 lampes torches qu'on a emmenées...








A ce point-là, on est déjà plus que des épaves. Ma cheville m'a complètement lâchée, et la douleur est tellement atroce que je n'arrive même plus à penser normalement. Et si un puma nous attaquait ? Et les pingouins, quand ils se cassent une patte, ils font comment ? Je suis seulement capable de suivre tant bien que mal la lumière qui vacille à chaque boitement de Manon, tout en l'écoutant déblatérer sur les pates qu'on mangera et la douche chaude qu'on prendra en arrivant.




A ce point-là, je suis tentée de tout abandonner. Je serais capable de me rouler en boule sous un arbre et d'attendre que quelqu'un vienne nous chercher. Je crois que les autres pensent pareil, mais on sait qu'on ne peut pas ; personne ne viendra, et on doit se sortir de là seules.



Laëticia et Pilar sont devant avec leur lampe, et c'est quand on entend leur cri de victoire qu'on sait qu'on est enfin arrivées. Il est 22h30, et Marcello, l'employé de camping avec qui on a parlé plus tôt dans la journée, s'inquiète pour nous et était en route pour venir nous chercher avec sa propre lampe torche.



"Je commençais à m'inquiéter les filles, la nuit est tombée depuis bientôt 1h30..."







Il a l'air sincèrement soulagé de nous voir revenir entières, et il nous propose de venir nous réchauffer dans le refuge où il nous offre un verre de pisco pour nous réconforter.



Nous nous enfonçons avec délice dans les fauteuils ultra-confortables du refuge, tout en lui racontant nos aventures de la journée.








Dehors, il fait dans les alentours de 0°C. La douche n'est finalement même pas envisageable, puisque les douches sont en plein air et que l'eau chaude est coupée à 10h... Et il est 10h30. De toute façon, nous n'avons plus la force de rien. La cuisine du camping ferme elle aussi à 10h, mais Marcello demande au responsable de la rouvrir pour nous, lui expliquant nos mésaventures de la journée.
Après un bon repas (les pates prenant trop de temps, nous nous contentons d'une soupe...), nous partons nous coucher.

Il fait un froid glacial, et malgré les recommandations de Marcello quant à l'endroit où planter la toile, le vent souffle terriblement fort. C'est comme si on vous proposait de faire du camping en pleine montagne, en plein hiver. Ou au Pôle Nord. Camper à Gavarnie ? J'aurais jamais cru ça possible avant la Patagonie.

On a nos duvets + les duvets "spécial grand froid" loués au refuge, mais c'est loin d'être suffisant. A cause du froid, mais aussi de la fatigue (on peut à peine bouger), on se glisse dans les duvets toute habillées: pantalon, pantalon de pluie, chaussettes puantes (il fait trop froid pour seulement considérer de les enlever) bonnet, gants, imperméable, pull, et toutes les épaisseurs qu'il y a dessous. Et même comme ça, on a presque encore un peu froid...

Mais on finit par s'endormir, dans la tente Picassotée, malgré le vent et la pluie.

Jusqu'au moment où Manon me réveille en pleine nuit, une légère teinte de panique dans la voix.

"Cloé... Cloé réveilles-toi!"
"... Mmm quoi..."

"La toile de tente elle s'est envolée !"

"Mais non, elle est là, on est toujours dessous..."

"Mais non, la toile du dessus !"

Je touche à travers la moustiquaire, et la toile est effectivement toujours là.

"T'inquiète pas, elle est bien attachée. Elle peut pas s'envoler."

"Ok."

Et Manon se rendort, sans un mot de plus. Il m'aura fallu 45 minutes, à cause du vent et de la pluie.

(Non non, je t'en veux pas...)

Le lendemain, nous sommes censées repartir avec Pili et Laëtitia pour un trekking de 7 heures dans la Vallée del Frances. Un rapide coup d'oeil à Manon qui peut à peine plier son genoux et à ma cheville enflée et bleue pose le verdict final : on arrête.

En temps normal, on aurait été parfaitement capables de continuer. Mais un mois de Road Trip, des centaines d'heures de bus et de marche ainsi que l'ascension du volcan ont eu raison de nos forces et de notre bonne volonté.

Il existe un moment où l'esprit veut mais le corps se rebelle. Nous sommes arrivées à ce moment-là, et même si c'est difficile à accepter, on ne peut pas aller au-delà de nos limites.

Les filles sont un peu déçues de nous voir plier bagage et ranger la tente Picassotée, mais elles comprennent.



La vue depuis l'ouverture de la tente Picassotée.

Après les derniers au-revoirs (de toute façon on se retrouve dans moins d'une semaine) et les derniers encouragements (ces Warriors finiront tout le circuit W!), nous partons et refaisons le chemin en sens inverse : le bâteau sur le lac turquoise, le bus jusqu'à Puerto Natales, la nuit à l'Hospedaje de Gloria (qui nous accueille à bras ouverts, heureuse de nous voir revenir épuisées mais entières), le bus jusqu'à Punta Arenas où nous passons à nouveau la nuit à l'Hostal, puis le retour jusqu'à Santiago (en avion cette fois, pas en bus).

L'arrivée à l'aéroport de Santiago est très différente de celle que nous avons vécu un mois plus tôt. Même si l'aéroport est toujours le même et que la chaleur de la ville nous accueuille de la même manière, le sentiment n'est pas comparable.

La première fois qu'on a atterri ici, on débarquait en terre inconnue, avec nos bagages et sans savoir à quoi nous attendre. Cette fois-ci, on rentre à la maison. Chez nous.

Et même si voyager et partir sur les routes avec seulement son sac à dos est une expérience exceptionnelle...

Parfois ça fait du bien de pouvoir se poser dans un endroit qu'on considère comme chez soi.


Crédits Photos : Manon & Cloé

Puerto Varas & Puerto Natales : Dernières étapes avant Torres del Paine

Je vous avais dit qu'on commençait à s'habituer au bus...


Il n'empêche que 32 heures, c'est quand même vraiment long. Avec la fatigue, les Salon Cama (des sièges super confortables qui se couchent à moitié) et de bons films pour passer le temps, c'est un peu plus facile... Sauf quand certains de nos voisins emplissent le bus d'odeurs inssuportables. (Manon : "Mais faîtes quelque chose ! Allez aux toilettes, descendez du bus, mais arrêtez, s'il vous plait !")


On passe par l'Argentine parce que le Sud du Chili est surtout composé de fjords, et on rencontre quelques problèmes à la frontière (enfin Manon rencontre des problèmes, comme d'habitude, tandis que moi je passe sans difficultés... Elle doit avoir une tête qui revient pas aux autorités). De sombres histoires de visas à valider ou je ne sais quoi...


Mais le problème n'est pas urgent, et nous repartons. Du bus, encore du bus, toujours du bus.


Karaté Kid, des clips du début des années 2000 (Blind Test !), beaucoup de musique, un peu de sommeil en dents de scies...



Au bout de 32 heures, la descente du bus est vécue comme une véritable délivrance. Enfin !


La seule chose, c'est qu'on s'attendait pas à ce qu'il fasse aussi froid.


Le soleil brille, mais dehors, le froid est mordant comme une journée à la montagne. Ca fait bizarre...


Nous trouvons un hôtel, dont le propriétaire est complètement typé Chilien. "J'arrive pas à l'imaginer autrement qu'avec un pagne" me dit Manon.


Les toilettes ont un style très particulier, mais de toute façon, on passe seulement la nuit ici.


Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour passer à la PDI (la Police Internationale) régler les détails de nos visas. Puis nous prenons le bus (encore) et arrivons à Puerto Natales 3 heures plus tard.


Là-bas, nous retrouvons deux de nos collocs de Santiago, Pili (espagnole) et Laëticia (française). Nous déposons nos affaires dans un petit hôtel (Gloria, la propriétaire, est une adorable vieille dame qui s'occupe de nous comme si on était ses petites-filles), puis partons faire des courses et louer le matériel pour notre excursion au Parc.


"Non mais vous comptiez quand même pas partir à Torres del Paine comme ça? C'est pas une promenade de santé les filles..." nous dit le loueur en nous voyant débarquer. 10 minutes plus tard, nous ressortons avec une toile de tente, du matériel de camping, des pantalons de pluie, des chaussures de marche et une veste imperméable jaune canari pour moi (oui parce qu'en plus de n'avoir qu'un pantalon, j'ai juste une pauvre paire de baskets et une veste à capuche qui prend l'eau...).


Nous achetons des gants (affreux et jaunes mais chauds), parce qu'apparemment, il fait plus froid au Parc qu'à Puerto Natales. Or, tandis que nous marchons dans les rues pour revenir à l'hôtel, il ne fait pas plus de 2°C... Alors qu'on est en été !


Qui a dit qu'il faisait chaud au Chili?




Cloé, Laëticia, Manon & Pili


Nous mangeons au restaurant (notre dernier bon repas avant plusieurs jours) tout en discutant des mots espagnols les plus difficiles à dire pour les français.


Conclusion : Refrigerador (avec l'accent hein).




Laëticia et le culte du Rrrrrefrigerrrradorrrr


Après avoir préparé nos sacs pour la grande aventure, nous filons nous coucher.




Le lendemain matin, le réveil à 6h est très dur. Laëticia (qui avait dit "Dès que le réveil sonne, on se lève de suite !) grogne et gémit qu'on la laisse dormir un peu plus, Pili et moi nous préparons sans rien dire, et Manon tente de réveiller les troupes. "Allez, on se lève ! Laëticia, debout ! De suite ! On y va, on se dépèche !"


Gloria nous a préparé un super petit déjeuner avec du pain tout chaud et de la confiture (il y a même du chocolat chaud ! Hallélujah !!!!)


Et 15 minutes plus tard, nous sommes fin prêtes pour le grand départ.




Mon sac est tellement lourd que j'ai besoin d'aide pour le mettre sur mon dos...


Les 3 heures de bus passent rapidement (c'est rien à côté de 32 heures...) avec une pause de 10 minutes devant le panneau "Torres del Paine." Eh oui, c'est là qu'on va !



Pili mitraille déjà, et Laëticia est beaucoup plus réveillée que quelques heures plus tôt.
Avant de continuer, un petit point sur le Parc Torres del Paine, afin de bien comprendre où on va.
Torres del Paine est un Parc National Chilien, déclaré réserve de biosphère par l'Unesco. Le Parc renferme de nombreuses espèces naturelles, faune et flore (il y a même des pumas !), ainsi que de nombreuses merveilles naturelles : le Glacier Grey, les Torres (d'immenses formes de pierre qui veillent sur le Parc et lui ont donné son nom...)

Le Parc est très connu par les randonneurs du monde entier, en particulier pour son fameux circuit de trekking, le W.
Ce circuit, faisable généralement en 4 ou 5 jours, relie différents refuges et campings au sein du parc, et permet d'en voir les points principaux.



El W


Laëticia et Pili ont prévu de faire le W entier ; Manon et moi, qui ne disposons que de 2 jours avant de rentrer à Santiago, comptons en faire la moitié. Nous rebaptisons donc notre trekking le V del W.
Nous sommes enthousiastes. Pleines de bonne volonté. On se sent fortes et puissantes, avec nos sacs sur le dos.

De vraies Warriors.

Mais c'est parce qu'on ne sait pas encore ce qui nous attend.


Crédits Photos: Manon & Cloé

lundi 2 mai 2011

Ile de Chiloé : La Bretagne Chilienne.

On avait décidé de louer une voiture, et de partir à l'aventure pendant 2 jours sur l'ile de Chiloé. Ce qui était pas prévu par contre, c'était qu'on partirait avec deux Chiliens : un immense qui ressemble à Hagrid, et un tout renfermé et passionné de lecture nommé Robespierre (oui oui, c'est possible).



Nous partons donc de bon matin. Manon au volant, moi en tant que co-pilote, et à l'arrière, nos deux Chiliens clandestins et une Allemande qui se joint à nous au dernier moment (et qu'on doit seulement déposer à l'entrée de l'ile).



Hagrid & Robespierre, les compagnons de voyage les plus passionants du monde.


Le ferry qui relie Chiloé à la côte chilienne est loin d'être digne de la Croisière S'Amuse. Il fait froid, il y a du vent, et il pleut même un peu. Mais devinez ce qu'on voit ? Des PHOQUES ! (Ou des dauphins, ou des loups de mer, peu importe. On a pas réussi à se mettre d'accord...). Le trajet se passe bien (avec une petite immitation de notre cher D.B. sur le bâteau), puis nous arrivons à Ancud, capitale de l'île de Chiloé, où nous nous arrêtons pour déposer l'Allemande et prendre un petit déjeuner dans la voiture (oui, des Chips) tout en décidant de la prochaine étape.



"Je veux voir des pingouins." Cette phrase, je l'ai tellement répétée durant nos premières semaines de Road Trip que quand on voit la Pingouinera dans le Guide du Routard, la décision est prise immédiatement. "On va voir des pingouiiiiiiins !" "Oui, bah concentres-toi sur la carte sinon on y arrivera jamais."


On nous avait prévenu que les routes de Chiloé étaient loin d'être les plus praticables du Chili. Mais on s'était quand même pas attendues à CA. Hagrid a prit le volant, et nous cahotons gaiement sur des chemins boueux et quasi-impraticables, sous la pluie battante. Le Chili, c'est génial!


Nous arrivons finalement à un endroit ou nous nous voyons obligés de laisser la voiture, n'étant pas certains de pouvoir traverser la rivière avec (un taxi a essayé, et est embourbé sur la plage un peu plus loin).


Nous marchons un peu sur la plage, complètement trempés sous la pluie qui tombe sans s'arrêter et nous aveugle ; quand on arrive à la cabane de pêcheurs qui proposent les tous en bâteau pour aller voir les pingouins, c'est un soulagement.


"Vous savez, c'est plus vraiment la saison des pingouins... La plupart on émigré vers le Nord pour avoir plus chaud, et les autres ne doivent pas être sortis à cause de la pluie."


Non. Pitié, pas ça...


On attend que le premier bâteau (contenant seulement 3 touristes) revienne et nous dise qu'il n'y avait que 3 pingouins pour décider qu'avec le temps qu'il fait, ça ne vaut pas la peine. On refait le chemin inverse, on remonte dans la voiture, complètements trempés, et on repart sur le vieux chemin défoncé pour rejoindre la route principale et nous rendre à Castro (où nous passerons la nuit).



C'était sans compter sur un accident sur la route principale. Nous restons bloqués 1h30 sur le bord de la route, attendant que les Carabineros (les autorités locales) nous autorisent à repartir. 1h30, c'est long. Et ça donne le temps de réfléchir... On en sait suffisamment sur l'accident pour savoir que la pluie a rendu la voiture hors de contrôle et que 4 personnes sont décédées. 4 personnes qui auraient pu être nous... Mais on va bien, on est en vie, et on repart en essayant de se changer les idées.


Arrivés à Castro, nous trouvons rapidement un petit hôtel où nous demandons s'ils ont de la place pour 4. "Oui, mais je n'ai plus de chambres matrimoniales" (avec des lits doubles) dit la femme en nous regardant les uns après les autres. Manon et moi nous retenons d'éclater de rire, et disons "Ne vous inquiétez pas, c'est parfait !"


Après maintes négociations, les garçons nous laissent la chambre avec la télé et prennent celle avec les lits minuscules (après tout, c'est nous qui avons les clés de la voiture). Mais la journée était tellement épuisante qu'après un plat de pates (Hagrid sait cuisiner, et il est plutôt doué!), nous partons nous coucher. Demain, le programme est chargé !


Le lendemain matin, nous repartons tôt pour aller visiter le Parc Nacional de Chiloé. Manon a reprit le volant, et j'ai repris ma place de co-pilote (Je suis une co-pilote du tonnerre!). Une copilote du tonnerre, peut-être, mais qui manque la route où il faut tourner (en même temps, elle était pas indiquée...)



Après de nombreux tours et détours (la route n'était vraiment pas indiquée, c'était pas de ma faute), nous finissons par arriver à l'entrée du Parc, dont nous sommes quasiment les uniques visiteurs du jour.


Le panneau "Route d'évacuation de Tsunami" à l'entrée nous fait beaucoup rire, mais doit être beaucoup moins drôle quand on se retrouve à la place du petit bonhomme dans la vague... (Mais ils auraient pu faire un choix de panneau un peu plus sérieux)



Il pleut toujours. Décidément, c'est pas le Chili ici, c'est la Bretagne ! Nous partons sur les chemins boueux, afin de visiter le Parc malgré la pluie battante.


En haut du mirador, sous la pluie mais avec le sourire (Siempre)




Et non, vous ne rêvez pas. Je suis bien en PANTACOURT. (Je réserve mon seul et unique pantalon pour les glaciers. Parce que oui, je suis parti avec 3 Shorts et un pantalon pour aller dans le grand Sud, à côté de l'Antartique.)




La flore du Parc est exceptionnelle. Même sous la pluie, le paysage est magnifique. On a perdu toute trace de civilisation (à part les petits pontons, qui auraient tout aussi bien pu avoir été construits par la tribu de Pocahantas), et on chante joyeusement sous la pluie : "I'm siiiinging in the raiiiin, I'm siiiinging in the raaaaain, what a gloooorious feeeling I'm haaaappy agaaaaiiin..." ou encore "You can stay under my Umbrella, ella, ella, hé, hé, hé, under my umbrella, ella, ella..." ... Et je vais en rester là. Hagrid nous regarde comme si on était folle, et Robespierre ne dit rien, comme d'habitude, mais peu importe.


Il pleut, et la vie est belle.





Après avoir marché pendant près d'une heure (j'ai quand même réussi à m'enfoncer dans la boue jusqu'à la moitié du mollet, et Manon a failli tomber plusieurs fois), nous finissons par retrouver la voiture; nous nous changeons dans les toilettes de l'accueil, où Manon et moi, épuisées, pensons sérieusement à passer le reste de nos vies sans plus jamais bouger.


Manon & Cloé (et le coupable au fond)


Avant de repartir, nous tombons sur deux mouches mortes devant la fenêtre couverte de pluie, représentation totalement véridique de notre état actuel. Deux pauvres petites mouches que la pluie regarde vicieusement à travers la vitre... Pauvres d'elles. Pauvres de nous.





Robespierre & Hagrid


Le trajet du retour vers Puerto Varas est long est inintéressant. Une bataille de Nutella sur le ferry, un arrêt au Macdo de Puerto Montt (qui est, comme on nous l'avait dit, une ville grise et inintéressante), et une dispute avec le loueur de voitures (qui nous avait clairement dit "Kilométrage libre" avant de finalement nous faire payer le plein d'essence)...


Manon et moi nous écroulons à l'hôtel où nous étions 2 jours avant (l'intelligence d'avoir fait une réservation), tandis que les 2 Chiliens se voient obligés de trouver un autre hôtel, faute de place. Nous reverrons Hagrid à Santiago 2 semaines plus tard, après qu'il nous ait invitées à prendre un verre.


Je discute toute la soirée avec un Suédois et un Américain beaucoup plus vieux que moi de sujets extrêmement intéressants ("If you had a superpower, what would it be?") puis pars me coucher, épuisée. Manon dort déjà, écrasée par toute la fatigue qu'on commence à accumuler et par les nombreuses heures de conduite qu'elle a enchaînées ce week-end (c'est fatiguant d'insulter les autres conducteurs !)


Demain sera une dure journée.


Parce que là, on va vers le Sud. Pour de vrai !

My heart will go on, and on....



Crédits Photos : Manon & Cloé