On avait décidé de louer une voiture, et de partir à l'aventure pendant 2 jours sur l'ile de Chiloé. Ce qui était pas prévu par contre, c'était qu'on partirait avec deux Chiliens : un immense qui ressemble à Hagrid, et un tout renfermé et passionné de lecture nommé Robespierre (oui oui, c'est possible).
Nous partons donc de bon matin. Manon au volant, moi en tant que co-pilote, et à l'arrière, nos deux Chiliens clandestins et une Allemande qui se joint à nous au dernier moment (et qu'on doit seulement déposer à l'entrée de l'ile).
Le ferry qui relie Chiloé à la côte chilienne est loin d'être digne de la Croisière S'Amuse. Il fait froid, il y a du vent, et il pleut même un peu. Mais devinez ce qu'on voit ? Des PHOQUES ! (Ou des dauphins, ou des loups de mer, peu importe. On a pas réussi à se mettre d'accord...).
Le trajet se passe bien (avec une petite immitation de notre cher D.B. sur le bâteau), puis nous arrivons à Ancud, capitale de l'île de Chiloé, où nous nous arrêtons pour déposer l'Allemande et prendre un petit déjeuner dans la voiture (oui, des Chips) tout en décidant de la prochaine étape.

"Je veux voir des pingouins." Cette phrase, je l'ai tellement répétée durant nos premières semaines de Road Trip que quand on voit la Pingouinera dans le Guide du Routard, la décision est prise immédiatement. "On va voir des pingouiiiiiiins !" "Oui, bah concentres-toi sur la carte sinon on y arrivera jamais."
On nous avait prévenu que les routes de Chiloé étaient loin d'être les plus praticables du Chili. Mais on s'était quand même pas attendues à CA. Hagrid a prit le volant, et nous cahotons gaiement sur des chemins boueux et quasi-impraticables, sous la pluie battante. Le Chili, c'est génial!
Nous arrivons finalement à un endroit ou nous nous voyons obligés de laisser la voiture, n'étant pas certains de pouvoir traverser la rivière avec (un taxi a essayé, et est embourbé sur la plage un peu plus loin).

Nous marchons un peu sur la plage, complètement trempés sous la pluie qui tombe sans s'arrêter et nous aveugle ; quand on arrive à la cabane de pêcheurs qui proposent les tous en bâteau pour aller voir les pingouins, c'est un soulagement.

"Vous savez, c'est plus vraiment la saison des pingouins... La plupart on émigré vers le Nord pour avoir plus chaud, et les autres ne doivent pas être sortis à cause de la pluie."
Non. Pitié, pas ça...
On attend que le premier bâteau (contenant seulement 3 touristes) revienne et nous dise qu'il n'y avait que 3 pingouins pour décider qu'avec le temps qu'il fait, ça ne vaut pas la peine. On refait le chemin inverse, on remonte dans la voiture, complètements trempés, et on repart sur le vieux chemin défoncé pour rejoindre la route principale et nous rendre à Castro (où nous passerons la nuit).
C'était sans compter sur un accident sur la route principale. Nous restons bloqués 1h30 sur le bord de la route, attendant que les Carabineros (les autorités locales) nous autorisent à repartir. 1h30, c'est long. Et ça donne le temps de réfléchir... On en sait suffisamment sur l'accident pour savoir que la pluie a rendu la voiture hors de contrôle et que 4 personnes sont décédées. 4 personnes qui auraient pu être nous... Mais on va bien, on est en vie, et on repart en essayant de se changer les idées.
Arrivés à Castro, nous trouvons rapidement un petit hôtel où nous demandons s'ils ont de la place pour 4. "Oui, mais je n'ai plus de chambres matrimoniales" (avec des lits doubles) dit la femme en nous regardant les uns après les autres. Manon et moi nous retenons d'éclater de rire, et disons "Ne vous inquiétez pas, c'est parfait !"
Après maintes négociations, les garçons nous laissent la chambre avec la télé et prennent celle avec les lits minuscules (après tout, c'est nous qui avons les clés de la voiture). Mais la journée était tellement épuisante qu'après un plat de pates (Hagrid sait cuisiner, et il est plutôt doué!), nous partons nous coucher. Demain, le programme est chargé !

Le lendemain matin, nous repartons tôt pour aller visiter le Parc Nacional de Chiloé. Manon a reprit le volant, et j'ai repris ma place de co-pilote (Je suis une co-pilote du tonnerre!). Une copilote du tonnerre, peut-être, mais qui manque la route où il faut tourner (en même temps, elle était pas indiquée...)


Après de nombreux tours et détours (la route n'était vraiment pas indiquée, c'était pas de ma faute), nous finissons par arriver à l'entrée du Parc, dont nous sommes quasiment les uniques visiteurs du jour.

Le panneau "Route d'évacuation de Tsunami" à l'entrée nous fait beaucoup rire, mais doit être beaucoup moins drôle quand on se retrouve à la place du petit bonhomme dans la vague... (Mais ils auraient pu faire un choix de panneau un peu plus sérieux)

Il pleut toujours. Décidément, c'est pas le Chili ici, c'est la Bretagne ! Nous partons sur les chemins boueux, afin de visiter le Parc malgré la pluie battante.



Et non, vous ne rêvez pas. Je suis bien en PANTACOURT. (Je réserve mon seul et unique pantalon pour les glaciers. Parce que oui, je suis parti avec 3 Shorts et un pantalon pour aller dans le grand Sud, à côté de l'Antartique.)

La flore du Parc est exceptionnelle. Même sous la pluie, le paysage est magnifique. On a perdu toute trace de civilisation (à part les petits pontons, qui auraient tout aussi bien pu avoir été construits par la tribu de Pocahantas), et on chante joyeusement sous la pluie : "I'm siiiinging in the raiiiin, I'm siiiinging in the raaaaain, what a gloooorious feeeling I'm haaaappy agaaaaiiin..." ou encore "You can stay under my Umbrella, ella, ella, hé, hé, hé, under my umbrella, ella, ella..." ... Et je vais en rester là. Hagrid nous regarde comme si on était folle, et Robespierre ne dit rien, comme d'habitude, mais peu importe.
Il pleut, et la vie est belle.


Après avoir marché pendant près d'une heure (j'ai quand même réussi à m'enfoncer dans la boue jusqu'à la moitié du mollet, et Manon a failli tomber plusieurs fois), nous finissons par retrouver la voiture; nous nous changeons dans les toilettes de l'accueil, où Manon et moi, épuisées, pensons sérieusement à passer le reste de nos vies sans plus jamais bouger. 
Manon & Cloé (et le coupable au fond)
Avant de repartir, nous tombons sur deux mouches mortes devant la fenêtre couverte de pluie, représentation totalement véridique de notre état actuel. Deux pauvres petites mouches que la pluie regarde vicieusement à travers la vitre... Pauvres d'elles. Pauvres de nous.

Robespierre & Hagrid
Le trajet du retour vers Puerto Varas est long est inintéressant. Une bataille de Nutella sur le ferry, un arrêt au Macdo de Puerto Montt (qui est, comme on nous l'avait dit, une ville grise et inintéressante), et une dispute avec le loueur de voitures (qui nous avait clairement dit "Kilométrage libre" avant de finalement nous faire payer le plein d'essence)...

Manon et moi nous écroulons à l'hôtel où nous étions 2 jours avant (l'intelligence d'avoir fait une réservation), tandis que les 2 Chiliens se voient obligés de trouver un autre hôtel, faute de place. Nous reverrons Hagrid à Santiago 2 semaines plus tard, après qu'il nous ait invitées à prendre un verre.
Je discute toute la soirée avec un Suédois et un Américain beaucoup plus vieux que moi de sujets extrêmement intéressants ("If you had a superpower, what would it be?") puis pars me coucher, épuisée. Manon dort déjà, écrasée par toute la fatigue qu'on commence à accumuler et par les nombreuses heures de conduite qu'elle a enchaînées ce week-end (c'est fatiguant d'insulter les autres conducteurs !)
Demain sera une dure journée.
Parce que là, on va vers le Sud. Pour de vrai !

My heart will go on, and on....
Crédits Photos : Manon & Cloé

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